Les quatre bidonvilles étudiés présentent en définitive plus de convergences que de divergences inter-bidonvilles. La divergence essentielle réside dans la taille du bidonville (grand bidonville pour Bachkou et Sakouila, moyen bidonville pour Place du Maroc et petit bidonville pour Souani Laadaoui). Par contre, s'agissant des 4 cas étudiés, nous pouvons conclure que les différences inter-bidonvilles sont moins nombreuses au regard des différenciations
intra-bidonvilles qui se manifestent par une certaine diversité inter-zriba et inter-ménage.
Les quatre cas sont placés sur des terrains ayant une grande valeur foncière car bien situés. Les ménages y résident, en majorité, de longue date et ressentent fortement un sentiment d'appropriation du sol; possession légitimée à leurs yeux par une série de facteurs dont la durée de résidence est la clef de voûte. Le bon emplacement du bidonville entraîne pour les trois sites étudiés une certaine exigence quant au lieu de relogement recasement.
La dynamique d'achat et de vente des zribas est très forte à Skouila, beaucoup plus modérée à Bachkou et assez marginale à Place du Maroc et Souani Laadaoui. L'état des zribas est assez différenciée d'un bidonville à un autre: comparable au logement clandestin pour une partie d'entre eux à Bachkou et Skouila (dulcification, électrification sauvage); à Place du Maroc et Souani le mouvement de dulcification est moins avancé ainsi que l'électrification qui reste franchement marginale.
Les ménages se déclarent très pauvres et de nombreux indicateurs le confirment (taux d'activité faible, inférieur à deux dans chaque ménage, type d'activité aléatoire). De même les principaux indices de la consommation soulignent cette pauvreté (équipement de la maison, motorisation essentiellement). Pourtant, cette tendance générale n'exclut pas la présence de groupes de ménages moins pauvres. Ceux là continuent de résider dans le bidonville parce qu'il représente pour eux un avantage comparatif (emplacement, logement ayant une bonne superficie et durcifié, accès à l'eau et à l'électricité gratuitement, possibilité de disposer d'un lot de recasement...).
En combinant les différentes variables citées plus haut et à partir des trois unités d'observation (bidonville, zriba et ménage) on peut esquisser la construction de certains profils types des ménages du point de vue du rapport à l'habitat"'.
La politique publique de recasement menée jusqu'à présent par l'Etat se conjugue à un faisceau d'éléments qui concourent à renforcer, chez les ménages bidonvillois, le sentiment d'un droit au recasement: ancienneté dans le bidonville, les quelques "avantages" de la vie quotidienne dans le bidonville (gratuité du logement, bonne accessibilité pour les trois sites étudiés). Ce sentiment est une représentation forte, largement diffusée et amplement argumentée. De ce fait, toute nouvelle orientation dans la politique d'intervention publique devra au préalable, pour obtenir l'adhésion des populations, travailler sur cette représentation mentale.
Les autorités et les voisins représentent, selon les personnes enquêtées, pour les trois sites, la source essentielle de communication des informations relatives aux projets d'intervention. Ceci montre la défaillance des autres acteurs en terme de communication et souligne la nécessité de la mise en place d'une structure de concertation et d'information sur les projets. Les trois sites sont caractérisés non seulement par l'absence d'organisations formalisées mais de plus, par une méfiance sensible vis-à-vis de toute forme d'organisation structurée sous la forme d'un comité de quartier ou d'une quelconque ONG. Cela complique d'autant la communication et rend encore plus délicate la mise en place d'une MOS. En effet, la MOS suppose la présence d'interlocuteurs reconnus comme tels par les bidonvillois. Bien entendu la diffusion de la culture participative auprès des bidonvillois est le meilleur vecteur pour concrétiser l'introduction de la dimension humaine dans les projets d'intervention sur les bidonvilles. Mais cette diffusion est un projet de longue haleine (instauration des valeurs démocratiques, baisse de la corruption, alphabétisation...). Il est donc nécessaire, à court terme, de pallier ces insuffisances par des solutions intermédiaires: création d'une fonction sociale avec un "architecte du social" à même d'identifier les relais nécessaires à l'échange entre le SEH et les bidonvillois (personnes ressources, personnes leaders...).